Rencontre avec Françoise Hardy, un des rares noms d’artistes français à franchir nos frontières, de Paris à Tokyo, de Moscou à New-York, de Copenhague au Cap ou de Londres à Melbourne, et qui vient de publier son autobiographie, Le désespoir des singes… et autres bagatelles.

 

francoise hardy - le desespoir des singes

 

Tout le monde connaît l’artiste Françoise Hardy, douce, mélancolique, mais souvent l’image publique ne reflète pas l’image réelle. Pour pallier à cela, comment vous définiriez-vous ?

On ne peut définir personne en quelques mots, ni même en quelques phrases. Mon livre est totalement révélateur de ce que je suis, je ne peux rien ajouter de plus.
 
Y a-t-il quelque chose de vous que personne ne comprend, et que vous pensez avoir essayé de faire appréhender dans Le désespoir des singes … et autres bagatelles ?

On ne sait jamais trop ce que les autres pensent de vous, car en votre présence, ils vous renvoient le plus souvent l'image la moins désagréable qui soit et qui est parfois aux antipodes de ce qu'ils pensent à votre sujet. Je ne cherche pas à me faire comprendre ou apprécier, je cherche juste à être aussi vraie, aussi authentique que possible : dans mon livre comme ailleurs. Mais ce que j'écris peut être sujet à des erreurs d'interprétation. Un journaliste assure que mon livre m'a servi à régler mes comptes avec Jacques et à m'en venger : rien n'est plus faux. Cela m'a fait penser à Françoise Giroud qui disait : "Quand on regarde bas, on voit bas."
 
Comment avez-vous abordé l’écriture de ce livre, avec des notes griffonnées ici et là, ou directement devant le clavier d’un ordinateur avec déjà en tête ce que vous alliez relater dans un ordre chronologique ?

Directement et sans avoir rien d'autre en tête que restituer la vérité de mon vécu et de mon ressenti, soigner la forme le plus possible, privilégier ce qui est romanesque en soi, analyser le mieux possible certaines situations pour que cela éclaire éventuellement certaines lectrices, m'efforcer de provoquer l'émotion en trouvant les mots les plus adéquats pour raconter mes propres émotions. Pour le reste, je me suis laissé porter.

 

francoise hardy


Pressentiez-vous un tel succès, Le désespoir des singes … et autres bagatelles devenant le best-seller de cette fin d’année*.

On espère toujours un succès, mais je m'attendais d'autant moins à un succès de cette ampleur que de nombreuses autobiographies sont publiées et que les ventes de livres pâtissent de la crise.
  
Après avoir écrit dans un autre style Entre Les Lignes, Entre Les Signes, vous sentez vous attirée par l’écriture un roman ?

Je ne suis pas un écrivain. Je n'ai aucune imagination et ne me sens ni l'envie ni la capacité d'écrire de la fiction.
  
Il y a une interrogation qui m’interpelle, pourquoi alors que vous écrivez la quasi-totalité de vos textes, avoir demandé à Serge Gainsbourg d’écrire celui de la musique de ce qui allait devenir Comment te dire adieu ?, musique qui vous avait accroché à son écoute chez un éditeur et que vous aviez retenue pour l’album que vous prépariez.

C'était une suggestion de mon agent de l'époque et qui avait dû me la faire parce que je lui avais confié que je me sentais pas d'écrire sur cette musique.
 

francoise hardy


Au début de votre carrière quelques jaloux de votre succès vous avaient surnommé « l’idole par erreur », aviez-vous été blessé à l’époque par ces mots ?

Vous me l'apprenez. Comme j'ai toujours eu la vague impression, surtout au début, que mon succès était injustifié, cela ne m'aurait pas blessée du tout de le savoir à l'époque. J'aurais même abondé dans ce sens !

Vous avez des admirateurs qui vont de l’Australie à l’Afrique, de l’Europe au continent américain, sans oublier le Japon ou la Russie, est-ce que cela vous a influencé dans le choix de certaines chansons ?

Bien sûr que non. J'ai toujours fait mes choix en fonction de la qualité mélodique.

Par exemple, j’ai vécu un an au Brésil, et alors que j’étais allé en boite de nuit à Campinas, proche de Sao Paulo, le bruit avait fait le tour qu’un Français dans cette petite ville était dans les lieux. Quand on m’a demandé d’où j’étais, et que ma réponse fut « Paris », la réaction des personnes avec qui je dialoguais a été je cite : « A côté de chez Alain Delon et Françoise Hardy ! ».

Réponse admirative qui m’avait fait sourire. Cela pour dire que vous avez fait avec la musicienne brésilienne Tuca un superbe album « Viens » rebaptisé « La question » à sa réédition en CD, contenant entre autre le succès Même sous la pluie, n’avez-vous jamais eu l’envie de vous immerger plus dans cet univers musical qui colle parfaitement à votre univers, où d’aller explorer des cultures musicales autres que celles que vous nous avez fait partager jusqu‘ici.

Je n'ai jamais eu d'intention précise, d'idée préconçue. Encore une fois, la seule chose qui m'intéresse, c'est la qualité mélodique et émotionnelle de ce que l'on m'apporte. J'ai le don de distinguer ce qui est inspiré de ce qui ne l'est pas. J'ai toujours su exactement ce que vaut une mélodie.

 

Même sous la pluie

Même sous la pluie

en live sous la verrière du Grand Palais à Paris

avec Tuca à la guitare
 

Le cinéma n’a jamais été, permettez-moi une expression triviale, « votre tasse de thé », cependant vous avez participé en Italie à quelques films musicaux (Ragazzi dell ‘ hully gully - Per un pugno di canzoni (Europa canta) - Questo pazzo, pazzo mondo della canzone … ) où vous jouiez votre propre personnage. N’auriez, ou n’avez-vous pas envie, à l’image de « La petite sirène » signée Michel Berger, que vous avez tourné pour la télévision, de rejouer dans une comédie musicale filmée pour le grand écran ?

J'ai horreur des comédies musicales (Starmania excepté) et je n'ai pas l'envie de rejouer dans une comédie musicale filmée.
 
Il y a des chansons comme Nuit d’été, Poisson, Les bottes rouges de Russie … qui ne sont jamais sorties sur une compilation CD, est-ce un choix de votre part, où des droits des maisons de disques qui ne le permettent pas, beaucoup de vos admirateurs aimeraient pouvoir les retrouver un jour.

C'est un choix de ma part : ces chansons font plus ou moins partie de mes nombreuses erreurs de jeunesse.
 
Ce qui m’amène à cette question, dans votre répertoire, qu’elle est la chanson dont vous êtes la plus fière ?

il y en a beaucoup :

Viens-là, Il est des choses, Mon amour adieu, L'amitié, Doigts, Le martien, La question, Où est-il?, Message personnel, Que tu m'enterres, Je suis de trop ici,  Si ça fait mal, Le danger, Je ne suis là pour personne, Dix heures en été, Tant de belles choses, La folie ordinaire, Un air de guitare, Modern style, My beautiful demon,…

J'en passe et des meilleures…
 

francoise hardy


En oubliant votre premier album que vous n’aimez pas musicalement, quel titre mettriez-vous à l’index dans les époques qui ont suivi ?

 Il y en a tellement que je ne puis me cantonner à un seul !

Vous avez annoncé sur Radio-Canada que vous allez début 2009 commencer à préparer un nouvel album, avez-vous déjà dessiné l’orientation musicale qu’il va dégager, sera-t-il plus proche par exemple du disque Le Danger que de Tant de belles choses.

Je ne peux le dire car je n'ai que trois ou quatre mélodies dont une, superbe, de Ben Christophers.
 
Pour terminer, si aviez une priorité à défendre ou à partager avec celles et ceux qui vont lire cette interview, que leur diriez-vous ?

Que je reçois de nombreuse lettres, toutes très belles et intéressantes, qui me touchent beaucoup, mais que je peux d'autant moins y répondre que ma santé est devenue mauvaise. Cela me tourmente beaucoup, mais les journées et le temps qui reste sont tellement courts !

 
 
Merci à vous Françoise, d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions pour Flash-News, et merci de continuer à écrire et à nous « enchanter ».

 

francoise hardy - le-desespoir-des-singes-et-autres-bagatelles-

 

* plus de 450  000 exemplaires vendus en France

+ les traductions à l’étranger

 

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ITW réalisée par Michel X.G

Décembre 2008