Nous avions laissé Erwan en pleine forme lors de l’interview réalisé en 2007 où l’écrivain des « stars » de la musique était pétillant, nous le retrouvons fatigué suite à un cancer qui lui a joué le mauvais tour de la récidive.

 

Erwan Chuberre Saunier

 

Erwan, depuis que nous nous sommes quittés après cet entretien qui avait été enchanteur, explique-nous ce qui a été ton chemin depuis 2007 jusqu’en 2011.

Oui, c’était d’ailleurs une de mes premières interviews ! Je m’en souviens très bien… J’étais si fier. Alors durant ces quatre années, j’ai mené une vie de fou ! J’ai publié de nombreuses biographies, des romans et même un guide. En parallèle, j’ai travaillé dans la billetterie de spectacle avant de me lancer en tant qu’attaché de presse, une profession guère reposante. J’ai aussi fait l’animateur pour Public G dans le cadre de « Divas sur Canapé »… Bref, c’était une véritable course pour rattraper un temps que je pensais avoir gâché, mais qui m’a beaucoup épuisée. Et je ne parle pas de cette vie de noctambule encore plus épuisante.

 

Après c’est le début de la descente en enfer.

Ah ça… Ce fut une descente atroce. Moi qui n’avais jamais d’angine ou autre bobo depuis 40 ans, là j’ai fait fort en déclarant un cancer ! Et un cancer hyper rare, histoire de ne pas faire comme les autres.

 

Comment t’es-tu aperçu que ton corps devenait un champ de bataille entre « lui » et « toi » ?

Dans mon malheur, j’ai eu de la chance. La tumeur m’a de suite provoqué une douleur physique. Certes, comme c’était une pathologie très rare, j’ai vu pas mal de docteurs avant qu’un imminent gastro ait prononcé le mot terrible : « tumeur ». Le mot le plus terrible de la langue française, comme une déclinaison du verbe « mourir »…

 

As-tu eu immédiatement l’énergie du guerrier ?

Quand j’ai appris ce cancer, je me souviens avoir versé quelques larmes, enfermé dans ma salle de bains. C’est là qu’on se dit : « pourquoi moi ? » C’est vrai, on pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres ! Mais dès le lendemain, j’étais prêt à me battre, ou plutôt prêt à séduire la tumeur afin de la détruire.

 

Comment as-tu ressenti l’entourage professionnel et l’entourage privé dans ce premier combat ?

Lors de ce premier cancer, comme les douleurs ont cessé dès la première chimio, je l’ai caché à tout mon univers professionnel. Même si j’étais plus fatigué qu’avant, je n’ai pas arrêté de travailler. D’autant que j’étais indépendant et qu’avec Frantz Chuberre Saunier, mon amoureux, nous avions un appartement à payer tous les mois. Je perdais mes cheveux ? Pas grave, j’avais une collection de casquettes… J’avais les traits défigurés par les traitements, je disais aux autres que je ne dormais pas assez. A vrai dire, personne ne s’est douté de rien. Pour ce qui est de mon entourage plus intime, ils étaient tous au courant. Frantz a été exemplaire. Son amour m’a beaucoup aidé. Ma famille aussi. Pour ce qui est des amis, si certains me sont restés fidèles, d’autres ont préféré s’enfuir. C’est la vie…

 

Erwan Chuberre Saunier

 

Pendant cette période, continuais-tu tes activités d’auteur ?

Oh que oui ! J’étais moins performant car j’écoutais mon corps, mais l’écriture a toujours été un second souffle pour moi. J’écris comme je respire. Toutefois, j’ai préféré écrire deux romans lors de cette année de traitements. Je n’avais pas de deadline avec mon éditeur.

 

Lorsque tu as appris que tu étais guéri, qu’as-tu ressenti au fond de toi.

J’étais bien sûr heureux et fier. C’était quand même très dur. Et pourtant, je voulais passer à autre chose. Je me souviens avoir accepté un CDI en tant que responsable de billetterie dans la foulée. Je ne me suis même pas reposé.

 

Ton livre Cancer... Ce n'était pourtant pas mon signe astrologique, était-il un exorcisme ?

Totalement. Lors de ce cancer, j’avais créé un Facebook privé histoire de donner des news à ma famille et à mes proches. J’ai toujours détesté le téléphone… Je voulais bien sûr les rassurer donc j’écrivais des statuts plutôt comiques et optimistes. Aussi, quand j’ai été guéri, je voulais vraiment donner naissance à un livre décalé et drôle sur cette terrible expérience. Durant ce cancer, j’ai lu quelques livres sur cette pathologie. Ils étaient atroces, aussi j’ai voulu en écrire un qui soit différent. Et puis, je voulais passer un message aux lecteurs : n’évitez pas vos proches qui souffrent d’un cancer… C’est une maladie comme une autre. A part qu’elle peut être mortelle. Je suis très fier de ce livre… Mais pour moi, le chapitre était clos. D’autant qu’aucun médecin ne m’avait parlé de « rémission » mais plutôt de « guérison » !

 

Comment t’es-tu aperçu de la récidive ?

C’est compliqué. Durant plus d’un an, j’avais des douleurs pour marcher. On m’a gavé de morphine en m’affirmant que je souffrais d’une rectite radique, suite aux 55 séances de rayon que j’avais subies. Ca ne s’arrangeait pas. Au contraire. J’ai même fait de l’oxygénothérapie par caisson hyperbare. Une expérience traumatisante. Pour rien… J’avais de plus en plus mal… Jusqu’au matin où, suite à une énième biopsie, j’appris par mail que la tumeur était revenue plus forte que jamais… C’était l’été dernier. Je me souviens avoir hurlé à cette annonce.

 

Erwan Chuberre Saunier

 

 

Appréhendes-tu ce nouvel affrontement différemment du premier ?

J’ai commencé ma chimio en septembre 2013. Cette récidive, en plus d’être très dur psychologique, a fait souffrir mon corps. Et contrairement à mon premier cancer, la douleur ne m’a jamais quitté. On m’a même posé en fin d’année une pompe antidouleur histoire que les antalgiques aillent directement dans la moelle épinière. Très vite, ces cures de chimio furent très violentes pour mon corps. Elles m’ont paralysé. Et depuis, je suis coincé chez moi, au 5ème étage sans ascenseur. Je ne sors que pour aller faire mes traitements à l’hôpital des Diaconesses. Et en ambulance !

 

Est-ce que l’image de la grande faucheuse a traversé parfois ton esprit ?

Pas vraiment. En fait, mes proches ont eu très peur pour moi. Surtout en fin d’année où j’ai failli partir pour de bon. Ils pleuraient tous en cachette. Pour moi, je n’en étais pas vraiment conscient. Même si je perdais des fois pied tellement j’étais fatigué. 

 

Le corps subit des assauts, perd de sa superbe, est-ce que le renvoi du miroir te gêne ou t’angoisse ?

Très vite, j’ai perdu 20kg. J’étais à 53kg. Proche de l’anorexie. J’avoue que je détestais ce corps détruit et fatigué. Je ne me regardais pas. Puis quand j’ai un peu repris du poil de la bête, j’ai appelé mon amie photographe, Alexandra Berger, pour faire des photos chocs. J’avais ce désir de me confronter à cette image. Je n’ai pas osé toutes les mettre sur le blog, mais certaines, dont un superbe portrait de ma pompe antidouleur sont en ligne. Lol !

 

Tu as créé un blog où tu parles de tes journées, de tes combats, pourquoi, est-ce un exutoire ?

En fait, contrairement à mon premier cancer, j’ai voulu de suite partager cette récidive avec mes lecteurs. J’en ai tiré tant de leçons que je voulais partager. Au début, c’était juste une page Facebook, puis j’ai créé le blog pour toucher encore plus de personnes. Je remercie d’ailleurs Frantz et ma psychologue de m’avoir encouragé sur cette voie. Et je suis vraiment ravi des retours. Mes lecteurs voient bien que ce n’est pas de l’exhibitionnisme mais plus un partage qui part d’une honnêteté. Si je reste toujours aussi positif, le ton est plus direct. Je me cache moins derrière le rire. Et ça me fait un bien fou !

 

Tu communiques aussi beaucoup via les réseaux sociaux.

Oui, j’en ai besoin… Tous les messages que je reçois me touchent tant. Ils me donnent vraiment la force de me battre. Car là, c’est vraiment un combat, à la vie, à la mort ! J’ai l’impression que mon premier cancer, c’était juste un test ! Aujourd’hui, j’aimerais guérir… Et « jamais deux sans trois », ce n’est pas pour moi. Même si ce n’est pas moi qui décide…

 

Erwan Chuberre Saunier

 

Pour aller vers des sujets plus légers, l’année passée c’est joué ta pièce « Rôle de ma vie », parle nous de cette création.

Cette pièce est l’adaptation de l’un de mes premiers romans édité par Cylibris en 2004. J’y travaillais en dilettante depuis plusieurs années. Et puis, durant l’été 2012, je décidai enfin de la monter. J’ai réécrit le rôle de l’attachée de presse hystérique pour Martine Superstar. Début 2013, nous nous sommes sérieusement mis au travail. Frantz m’a aussi suivi dans cette fabuleuse aventure artistique.

 

Comment c’est passé le choix des comédiens, du metteur en scène ?

La plupart a passé un casting, comme Olivier Schmit, Cédric Portella et Meriem Sarolie. Quant à Sabrina Perquis, je l’avais déjà rencontré dans une autre occasion. Je savais qu’elle avait pris des cours de théâtre, aussi quand j’ai pensé au personnage farfelu de Vanessa, j’ai immédiatement pensé à elle. Sur ce coup, j’ai eu du flair. Elle fut épatante. De toute manière, « Le Rôle de ma vie » fut un vrai tremplin pour la majorité de la troupe. Pour ce qui est du metteur en scène, Fabrice Perret, je le connaissais de Public G.

 

Va-t-elle sortir en DVD ?

Non, ce n’est pas prévu. En grande partie, à cause de mon état de santé, nous avons du stopper la pièce avant sa fin officielle… et nous n’avons pas fait de captation. Par contre, je compte peaufiner le scénario du « Rôle de ma Vie ». J’ai quand même un goût d’inachevé dans la bouche… et j’ai vraiment beaucoup d’affection pour cette histoire et pour ses personnages. 

 

Es-tu un auteur qui va chaque soir écouter si les acteurs change un mot, une réplique ?

Je l’aurai sans doute fait. Déjà en répétition, j’étais intraitable. Hélas, j’ai appris ma récidive à quelques jours des premières représentations. Malheureusement, je n’ai pu la voir que deux fois. Par la suite, je fus bloqué chez moi. C’était horrible d’autant que je devais jongler avec Frantz pour gérer la billetterie sur place. Le pauvre a du tout assumer. Ca a été une période très douloureuse. J’avais aussi plein d’idées de promotion que j’ai du abandonner. Malgré tous les bons retours, j’en garde un souvenir amer. Heureusement, grâce à ma psy, je travaille pour aller mieux. Et je vais de mieux en mieux !

 

Cette année, qu’est-ce qui motive ton imagination, quels sont les projets qui te tiennent à cœur ?

Oh… Déjà, j’ai mon blog «Les Rayons de la Colère », ensuite j’ai donc le scénario du « Rôle de ma Vie ». Puis, pourquoi ne pas écrire une nouvelle biographie ? Sinon, avec Frantz Chuberre Saunier et Nadine Dalman, nous comptons monter une exposition à trois, intitulée « Divas, Corps et Ames ». Alors que je gèrerai la partie écriture, Frantz a fait des superbes portraits, et Nadine, des Mandalas, consacrés à des divas allant de Barbara à Isabelle Adjani, en passant par Romy Schneider ou Vanessa Paradis. Tout est quasiment achevé. Nous sommes justement en train de chercher le lieu idéal à Paris pour exposer !

 

Le rôle de ma vie d'Erwan Chuberre Saunier

 

 

Tu as beaucoup écris de biographie comme sur Mylène Farmer, Sylvie Vartan, Lady Gaga, Vanessa Paradis, comment choisi-tu les artistes que tu mets sur tes pages, d’autres comme Dalida, Françoise Hardy, Barbara te laissent-elles indifférent ?

Que nenni ! J’adore toutes les figures féminines d’hier au d’aujourd’hui. J’adorerai écrire sur Dalida ou Barbara, hélas de tant de plumes remarquables sont déjà passées par là. Je pense notamment à mon ami David Lelait-Helo, qui pour l’anecdote était en terminale avec moi. C’est toujours un plaisir de se retrouver et de parler de nos figures féminines respectives. Et encore aujourd’hui, si j’aime Sylvie Vartan, lui préfère Michèle Torr. Après, je reste tributaire de mes éditeurs qui sont de plus en plus frileux actuellement. Regardez, je rêverai écrire sur Kylie Minogue qui a un parcours de vie stupéfiant, et pourtant, personne n’en veut. Mais je suis têtu, et j’y arriverai peut-être un jour ?

 

Les pages blanches, sont-elles difficiles à commencer, ou alors est-ce un ruisseau d’écriture limpide dès que tu penches dessus ?

Je ne connais pas du tout l’angoisse de la page blanche. J’ai une écriture très automatique, qui m’a pourtant laissé tomber durant cette récidive. Cela fait à peine un mois que j’ai retrouvé tous mes moyens. Le reste du temps, avec la fatigue et la douleur, je n’avais plus aucune énergie. J’en ai beaucoup souffert. Mais, c’est du passé !

 

Vers quel autre exercice de style aimerais-tu aller explorer ?

Je ne sais pas. Ah si ! L’écriture des paroles de chansons. Avec Frantz, nous avons produit « Et si c’était ça… » la chanson phare du « Rôle de ma Vie ». Une véritable histoire amicale. Si c’est Nicolas Vittiello qui en fut l’interprète, et Daniel Castano, le compositeur, c’est moi qui ai écrit le texte. J’y ai pris énormément plaisir ! Je me verrai bien réitérer l’expérience !

 

Comment vois-tu ton futur ?

Je le vois radieux… avec mon amoureux, bien sûr. Je nous vois quitter Paris afin de nous installer dans le sud. Ils vécurent heureux. L’un peignant des petits chefs-d’œuvre, l’autre accumulant les best-sellers traduits dans le monde entier ! Pas mal, non… Et promis, on resterait des mecs simples comme aujourd’hui !

 

Si tu avais un conseil, ou une maxime à donner, ce serait quoi ?

Ca serait une phrase que j’ai lue il y a peu… « Tu génères de la lumière par ta façon positive, constructive d'être et de vivre ; ainsi donc ne laisse rien de négatif en toi réduire cette lumière ». Par contre, désolé pour l’auteur, mais je ne sais pas qui c’est ! Mais pas grave, j’aurais pu l’écrire ! Rires.

 

Pour conclure, qu’aimerais-tu ajouter ?

Qu’il ne faut jamais baisser les bras face aux difficultés de la vie. Notre vie reste un voyage, autant le rendre le plus agréable pour tous !

 

Aller, un dernier mot.

Merci. Ta première interview m’a porté chance, alors pourquoi pas pour la deuxième ? Longue vie à vous tous !

 

Merci à toi.

 

Erwan Chuberre Saunier

 

Erwan s’est envolé cinq mois après cet entretien, le cancer a vaincu sa gentillesse et son optimiste le 25 août 2014.

 

Site officiel Erwan Chuberre

Blog « Les raisins de la colère »

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ITW réalisée par Michel X.G

Mars 2014