C’est toujours un réel plaisir d’avoir une interview avec Allan Théo que je retrouve une nouvelle fois pour Flash-News.

Allan va au fond des sujets et c’est une satisfaction intense d’avoir des réponses précises.

 

Allan Théo

 

Bonjour Allan, heureux de te retrouver, tout d’abord, comment vas-tu ?

Bonjour,

Ça va bien merci même si c'est une période difficile car je suis en plein divorce.

Désolé.

Merci.

 

Tu es un artiste, un personnage multiformes, ne crois-tu pas que ça peut égarer le public ?

En effet, si j'étais ma maison de disque, je m'arracherais les cheveux ! Mais je suis un électron libre. Il y a longtemps que je me suis aperçu que je n'étais bien que lorsque je faisais quelque chose qui me plaît vraiment. Comme tout le monde, je vis une multitude d'émotions et de sentiments. Ma musique suit mon évolution personnelle, les périodes de ma vie. Ainsi, elle est constamment en mouvement. J'aime explorer des terrains inconnus, souvent dans mon être.

La musique c'est ma vie mais je reste ouvert à toutes les expressions artistiques qui me permettent ces voyages.

 

Allan Théo

 

En effet, tu as sur plusieurs actualités, parle nous déjà de Orchestraa, dont les bénéfices doivent être reversés à des associations pour le bien-être des autistes, qui en a eu l’idée ?

C'est en parlant du spectacle que le lien avec l'autisme s'est fait. Il y a bien une chanson dédiée à ma fille Jaïnhaa dans le répertoire mais je l'avais écrite avant qu'elle ne soit diagnostiquée autiste.

Je n'avais pas du tout pris conscience que le spectacle pouvait valoriser la neurodiversité. Quand je prends du recul, cela saute aux yeux mais c'est l'auteur Hugo Horiot qui m'a ouvert les yeux.

A partir de là, soutenir les associations qui œuvrent au bien-être des autistes a été une évidence.

 

Comment s’est monté le projet ?

Plusieurs années de maturation ont été nécessaires. Je suis parti de mon envie de donner une dimension originale à la musique électro. Au départ, j'y avais incorporé du rock. Puis est arrivée la musique symphonique. Au fur et à mesure de l'écriture de mes albums, j'ai introduit de plus en plus d'arrangements pour cordes.

 

Allan Théo

 

C’est-à-dire ?

Avec Orchestraa, j'ai étendu cette écriture à l'orchestre entier.

Orchestraa est donc devenue une pièce symphonique qui s'appuie sur des rythmes électro. Sur scène, j'interprète un guerrier qui n'a plus de champ de bataille à écumer et qui se retrouve seul face à son vide intérieur, à son incapacité de trouver sa place dans la société. Pièces théâtrales, orchestre symphonique, chœur, danse, là on ne peut plus parler de concerts. Il s'agit d'un spectacle à part entière.

 

Allan Théo

     

Va-t-il y a avoir une tournée Orchestraa ?

Oui, sans l'ombre d'un doute. Je suis actuellement en train de revoir ma copie pour lui rendre la dimension rock que j'ai abandonnée en chemin. Cela va me prendre quelques mois pour sortir un album et ajuster le spectacle mais on me demande déjà des disponibilités.

 

Tu viens aussi de montrer sur les planches pour jouer au théâtre Histoire d'un merle blanc d'Alfred de Musset, était-ce une première pour toi ?

Du point de vue du jeu d'acteur, je n'ai qu'une petite intervention à la fin de la pièce. Pour cette aventure, j'ai composé l'habillage de la pièce au piano. J'accompagne donc le comédien Hugo Rezeda au piano sur scène. C'est la première fois que je m'essaie à cet exercice, au départ pensais juste faire quelques interventions mais au final, je joue tout du long.

 

Qu’as-tu ressenti en interprétant un rôle ?

J'ai vraiment adoré. J'ai eu une véritable histoire d'amour avec le piano entre 14 et 25 ans. Il n'y a que ça qui comptait dans ma vie. Avec Histoire d'un Merle Blanc, j'ai retrouvé des sensations que j'avais perdues.

 

Voudrais-tu renouveler l’expérience ?

Oh oui j'adorerais !

 

Allan Théo - Franck Delay - Chris Keller

 

Enfin en parallèle, tu es sur scène avec Chris Keller (G-Squad) et Frank Delay (2Be3) pour BORN IN 90, pourtant, si ma mémoire est bonne, tu avais pris beaucoup de recul avec l’époque Boys Band.

Après Emmène-moi je me suis battu pour continuer à faire une musique qui me plaisait. Je me suis battu juridiquement pour retrouver ma liberté artistique alors qu'on voulait me forcer à faire ce qu'on avait décidé pour moi. Une fois libre, je me suis aperçu que j'étais tellement estampillé « Emmène-moi », qu'il m'était impossible d'intéresser des maisons de disques avec un autre style musical. J'ai donc dissimulé mon nom et me suis nourri de cette rage de vivre pour alimenter ma musique. Le rock est arrivé d'une façon fulgurante ! Jusqu'à ce que je n'ai plus peur de défendre ce que j'aimais en dévoilant l'album « Reprends les Armes » sous mon nom. A cette époque, je n'avais pas du tout la tête à reprendre « Emmène-moi » !

Je n'étais absolument pas dans cette énergie.

 

 Medley

(Partir un jour, Le temps qui court, Aucune fille au monde, Emmène-moi, Je te donne)

 

Qu’est-ce qui t’as interpellé pour créer ce trio Génération Boys-Band ?

Quand Frank m'a appelé pour faire le trio, je me suis dit qu'il avait perdu la tête. Mon image de gendre idéal apparenté au courant boys band avait été sévèrement attaquée par des clips trash accompagnant ma musique. Mais je me suis dit que ce serait la liberté totale que d'intégrer Génération Boys Band.

 

Toi qui étais considéré comme un « boy-band » à toi tout seul, ça te fait quoi de partager la scène avec d’ex collègues de l’époque, peut-on dire concurrents ?

C'est vraiment mieux ! On se marre tout le temps et chacun vise à améliorer le trio. Je m'essaie aux chorégraphies sur scène et je trouve ça extraordinaire de voir le public en redemander.

 

En tout cas, vous envoyez du lourd.

Merci

 

Allan Théo - Franck Delay - Chris Keller

 

Y a-t-il un album en perspective que ce soit en solo ou dans ce que l’on vient de parler, car depuis l’album Reprends les armes avec le titre Je dérive, tu n’as plus enregistré ?

Je suis en train d'enregistrer l'album de GBB de douze titres issus du répertoire des boys bands. Cet album acoustique mettra en exergue les incroyables mélodies de ces chansons.

Comme je te l'ai dit, je finalise l'album Orchestraa, là c'est un très gros morceau.

Et je sais que je vais après cela sortir un album en français sous le nom Allan Theo.

 

Je dérive

 

En 2014 tu avais un projet en anglais, mais il semble qu’il n’ait pas vu le jour, que s’est-il passé ?

Ce projet s'est transformé en Orchestraa ! Dans Orchestraa je chante en anglais principalement. Quand je te disais qu'il y avait eu maturation...

 

D’un côté plus perso :

Qui y’a-t-il de différent ou de commun, entre le jeune chanteur d’Emmène-moi, et celui de Orchrestraa ?

Ce qu'il y a de différent c'est que je suis beaucoup plus à l'écoute de ce que je suis. J'ai moins peur de ne pas être accepté. Je sais qu'il ne me sert à rien de faire des concessions, je ne tiens pas sur la durée. Ce qu'il y a de similaire, c'est que je suis toujours autant passionné et enthousiaste !

 

Allan Théo

 

Tu aimes le sexe et  la provoc, est-ce qu’il te faut ces deux moteurs en interne pour vivre à fond ?

Je ne pense pas être différent de la plupart des gens concernant le sexe.

Pour ce qui est de la provoc, je t'avoue que je ne calcule pas. Je fais ce qui me passe par la tête et j'aime relever des défis. Cela passe pour de la provocation si l'on pense qu'il y a une stratégie. Mais en réalité, je fais juste ce dont j'ai envie, souvent pour dépasser mes peurs.

 

As-tu conscience de l’attrait physique que tu as sur le public et que tu fais fantasmer filles et garçons ?

Là encore, je ne pense pas être complètement hors-norme : Je préfère que l'on m'aime, je préfère que l'on me désire. Ceci dans la vie comme sur la scène. Bien s'habiller pour aller en soirée, choisir de belles photos pour être représenté sur les réseaux sociaux, vouloir faire du sport pour avoir un corps plus svelte, nous sommes nombreux à penser comme cela. Sur scène je suis pareil. Je ne me dis pas : «  je fais fantasmer les gens » j'essaie juste d'être à mon avantage pour que l'on m'aime. Tu sais, vouloir monter sur scène devant des milliers de personnes sous-entend quand même avoir un manque considérable d'amour.

Si j'étais complètement serein, je me serais satisfait d'une vie beaucoup plus au calme.

  

Que retiens-tu du spectacle « hot » et sexuel que tu as fait pour le Salon de l’érotisme ?

Cela a été un tournant décisif dans ma vie. Je remercie la direction artistique des salons de m'avoir appelé pour cela. J'ai pu dépasser un nombre considérable de peurs, jouir d'une liberté artistique totale.

 

Que penses-tu des prestations que tu as offertes au public ?

J'ai énormément travaillé pour proposer de beaux shows où l'homme et la femme étaient à armes égales et où la bataille pour le pouvoir disparaissait. J'espère que le message est bien passé.

 

Crois-tu que ça a eu une influence sur ta carrière de chanteur ?

Indéniablement ! Se mettre à nu sans tricher sur une grande scène pendant deux années m'a libéré émotionnellement. Je ne triche plus, je ne me cache plus, lorsque je chante, je joue réellement ce que je chante. L'expérience est tellement plus intense !

 

Ton as un côté exhibe, tu l’assumes sans tabou, aurais-tu voulu aller plus loin ?

Je ne sais pas si j'ai un côté « exhib. », j'aime relever des défis, j'aime défier mes peurs et les dépasser. J'aime repousser sans cesse les barrières de ma liberté. Cela est vrai pour tout. Pour ma musique, ma vie, mon corps.

 

Allan Théo

 

Tu parles de « violence en toi », en connais-tu l’origine, comment arrives-tu à la canaliser ?

Je pense que cette violence est un héritage. Cela vient de mon enfance. J'ai été très tôt mis aux arts martiaux pour canaliser une énergie que l'on savait être dévastatrice. La musique m'a énormément permis d'exprimer cette énergie. Le rock n'est pas arrivé dans ma vie par hasard. D'ailleurs mon chemin artistique est assez symptomatique. J'ai commencé par le Jazz, j'ai fait de la pop. Pour moi il s'agissait de m'éloigner de mes démons. Puis je me suis battu pour ma liberté. Là je me suis rendu compte que j'avais rejeté toute ma vie une moitié de ma personnalité. Et j'ai laissé remonter cette force et le rock s'est imposé.

 

Quel est le titre de ton répertoire dont tu es le plus fier ?

Difficile ça ! Chaque titre représente une part de moi-même.

Je pense qu'il s'agit du titre : « C'est ton heure » figurant sur mon deuxième album SOUPIR (ndlr : pas de vidéo).

 

J’ai pas demandé

 

A l’opposé, quel titre regrettes-tu d’avoir enregistré ?

Honnêtement aucun ! Ils ont tous une histoire, tous une énergie propre et témoigne de ce que j'étais à l'instant de leur création. J'ai la chance d'avoir écrit tout ce que je chante, je n'ai pas eu à m'approprier une chanson qui m'était étrangère.

 

Qu’aimerais-tu explorer dans la création que tu n’as pas encore faite ?

Je ne sais pas. Lorsque je trouverai, je m'y essayerai. Il y a par contre des domaines que j'ai explorés mais dont je n'ai pas encore révélé l'existence. Mais j'ai décidé cette année que j'allais dévoiler d'autres activités restées dans l'ombre.

 

Allan Théo

 

As-tu des regrets ou de la nostalgie ?

Je regrette d'avoir fait souffrir plusieurs personnes. J'aurais aimé être plus mature, plus fort aussi. Mais je sais que je n'ai pas fait souffrir à dessein. Je regrette juste que mes failles aient eu des conséquences douloureuses pour les autres.

 

Est-ce que le mal-être que tu as eu à une époque est totalement révolu ?

Je suis une personne angoissée. Je l'accepte maintenant. C'est ce qui a changé dans le temps. J'ai une tendance mélancolique. J'ai la chance de pouvoir traiter cela à travers la musique.

 

Au fil des années, as-tu toujours les mêmes passions ?

Extérieurement on pourrait croire que j'ai changé du tout au tout. Mais j'ai surtout repoussé mes peurs de voir plus grand. J'ose faire ce que je ne me sentais pas capable de faire. Ma passion est la même. Son expression a évolué.

 

Allan Théo

 

Quel est ton prochain défi ?

M'organiser pour faire tout ce que j'ai prévu de faire. Je peux t'assurer que c'est un sacré défi !

 

Que voudrais-tu que les gens retiennent de toi en priorité ?

Que je prends toute la mesure de mon statut d'artiste : j'explore, j'essaie, je propose, avec sincérité. Car vivre de sa passion est une chance inouïe. Je veux au maximum honorer cette liberté.

 

Pour se séparer, quel est ton mot de fin ?

J'aime avoir pu faire un point sur mon état d'aujourd'hui. Poser les choses me permet souvent d'en prendre pleinement conscience.

Alors merci pour cette interview.

Merci à toi, c’est toujours un plaisir.

 

Allan Théo

 

Lien interview : Allan Théo - de Emmène moi à ...

 

Allan Théo

 

Crédit photos DR

et Pierre Terrasson – Gilles Dufour

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ITW réalisée par Michel X.G

Janvier 2020